Mignon Murielle

Epoustouflant, hauts en couleurs, riche en émotions, surprenant, le pèlerinage de la Plaine du Nord en Haïti, rassemble, chaque année, fin juillet, une foule de pèlerins et de curieux venue des quatre coins du pays.

 

Un bassin rempli d'une boue sacrée dans laquelle les pèlerins se baignent, devient le théâtre de possessions, prières, dévotions, offrandes et sacrifices d'animaux, en l'honneur d'Ogou, le loa ou esprit guerrier, représenté par Saint-Jacques-le-Majeur dans l'Eglise catholique.

 

Tous espèrent ainsi remèdes à leurs maux et satisfaction de leurs besoins.

 

Certains pèlerins se frottent le corps avec du basilic, herbe odorante appréciée par le loa. D'autres prélèvent de la boue et s'en enduisent le corps.

 

Des femmes sont prises de convulsion. Elles sont alors aussitôt protégées contre leur frénésie par les mambo, prêtresses vodou, et la foule qui les entourent : on les déchausse ; bijoux et objets de valeur qui pourraient se casser ou se perdre dans la mare sont retirés.

 

Des bougies sont déposées entre les racines de l'arbre-reposoir, la demeure du loa.

 

Les sacrifices d'animaux (poules, taureaux et chèvres) sont de la partie. L'animal immolé, copieusement saupoudré de farine, reçoit les onctions d'une eau parfumée.

 

La chèvre porte un foulard rouge noué à la racine des cornes. Elle est égorgée par son propriétaire. Le sang est versé dans la mare.

 

Le taureau est abattu publiquement. Après avoir fait une première entaille à une des pattes arrières, on l'achève en lui fendant la nuque de plusieurs coups de machette. Le sang est recueilli. A tour de rôle, l'officiant et quelques participants boivent une gorgée de sang chaud. Avec ce même sang, ils tracent une croix sur leur corps. Une grande feuille est apposée sur le dos de la bête agonisante : chacun y écrit son voeu.

 

Le maître de cérémonie rivalise d'habileté en jonglant avec ses machettes autour de la victime. Quelques joutes pimentent ce sacrifice, sous les regards curieux du public.

 

Le dépeçage se fait au rythme de trois tambours et de tchatcha (hochets). Les entrailles et la tête sont jetées dans la mare boueuse. Les gardiens du bassin se les disputent farouchement afin de les revendre au plus offrant.

 

Au terme de ce pèlerinage, chacun reprend le cours de sa vie en attendant, patiemment, l'année suivante, de revenir à la Plaine du Nord, honorer Saint-Jacques, avec autant de fastes, croyances et dévotions.

 

Je tenais, à travers ce reportage, à mettre en exergue une des multiples richesses culturelles d'Haïti, pays encore méconnu (ou mal connu) méritant indubitablement toute notre attention.

 

Murielle Mignon

Photographe professionnelle

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